La lecture, comment s'y apprennent-ils ?

Compte-rendu de la journée d’étude organisée dans le cadre de la prévention de l’illettrisme, Dijon le 5 octobre 2017. L’intitulé de la journée est emprunté à Emilia Ferreiro et Margarita Gomez Palaccio : Lire, écrire à l’école, comment s’y apprennent-ils ?

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Elèves

Avec plus d’une centaine de participants, la journée consacrée à l’apprentissage de la lecture a montré l’intérêt que l’ensemble des acteurs portait dans notre académie à cette priorité nationale. Elle fut l’occasion d’échanges nourris et a permis à chacun d’interroger sa pratique en la frottant aux propositions de la recherche universitaire. Le compte-rendu qui suit est collectif, et nous remercions les enseignants qui ont aidé à sa rédaction.

Dans son introduction à la journée, Monsieur Fabrice POLI, Inspecteur général de Lettres, a mis en perspective cet apprentissage de la lecture aujourd’hui avec celui en vigueur dans la Rome antique. Il a d’abord souligné combien étaient intimement liées les compétences Lire, Ecrire et Compter dans un système où n’existaient que les chiffres romains qui se notent, comme les lettres, par des combinaisons de bâtons héritées de la pratique ancestrale de l’entaille . Les Romains ont transposé pour apprendre à lire aux enfants les méthodes grecques : on y mêle dans une pédagogie analytique une approche littérale et syllabique, assise sur l’apprentissage des lettres dans l’ordre comme dans le désordre. Les enfants plébéiens (les patriciens favorisent l’instruction à domicile) entrent dans le graphisme sur des tablettes de cire ou des tablettes métalliques en creux. On peut noter encore que l’usage était d’utiliser des figurines à manipuler.

1/ État des lieux : l’illettrisme en Bourgogne.


2/ La lecture en discours : paroles d’élèves

3/ Controverse 1 : Quelles sont les raisons d’un échec dans l’apprentissage de la lecture ? Quelles sont les conditions de la réussite ?

Afin de ne pas faire de cette journée une succession de présentations où chaque interlocuteur viendrait présenter une vérité sur le sujet, difficile à mettre en relation avec les autres interventions, mais au contraire de stimuler le regard critique des auditeurs et de pointer la complexité du problème et des actions à mener, une première controverse est introduite dans l'intention de voir se confronter les analyses et conclusions des trois éminents chercheurs sur les raisons d'un échec dans l'apprentissage de la lecture ainsi que sur les conditions de la réussite de cet apprentissage. La perception de José Morais, avec son regard extérieur au système français, permettrait-elle d'en repérer les atouts et contradictions sans affect perturbateur? Le regard de Michel Fayol chercheur impliqué, expérimenté, aguerri et indiscutable mettrait-il fin à toutes les interrogations? L'observation méthodique de Sandrine Garcia aboutirait-elle à une méthode dont les étapes et caractéristiques seraient enfin dévoilées?

 4/ Conférence 1 : « Comment, en apprenant à lire, la lecture s'installe dans le cerveau »,  José MORAIS

 

5/ Conférence 2 : Apprendre à lire et à écrire, à comprendre et à rédiger, Michel FAYOL (conducteur de la conférence) Comment l’acquisition de l’écrit permet-elle de comprendre et rédiger ?

Le système scolaire offre une dynamique d’apprentissage. L’écrit est un apprentissage, ce n’est pas un développement, ce qui induit un effet de charge mentale. Tous les grands principes de l’apprentissage (dont la répétition) sont donc vrais pour l’écrit.

1. Apprendre à lire et à écrire

La production écrite doit être associée à l’apprentissage de la lecture.
Savoir lire, c’est savoir identifier et comprendre les mots, phrases et textes écrits au point de pouvoir faire à partir d’un message écrit ce qu’on sait faire à partir d’un message oral. C’est à dire le comprendre. Dans la perspective du collège, on lit pour apprendre.

Savoir écrire / rédiger,  c’est savoir transcrire de manière intelligible pour autrui ou soi-même un message qui aurait pu être transmis oralement
Dans la perspective du collège : on favorise la prise de notes, la réalisation de fiches en vue de l’apprentissage, le résumé.

La lecture c’est de la perception d’abord (perception abstraite). Le traitement que fait le cerveau est abstrait. La production est le pendant de cette abstraction.

Plusieurs dimensions entrent en jeu (fonctionnement et difficultés) :

  • visuelle : mouvement des yeux et fixations, caractéristiques des lettres et espaces
  • phonologique : l’écrit alphabétique transcrit la parole (et non directement le sens)
  • motrice : écriture manuelle ou dactylographie.

Apprentissage lent et coût élevé en attention (lecture et écriture sont liées dans l’apprentissage ; réciprocité dans le développement de chacune des compétences). Que va-t-il se passer si on arrête l’apprentissage de l’écriture manuscrite ? Compte tenu de l’importance de l’activation des zones cérébrales dans la l’apprentissage conjoint de la lecture et de l’écriture cursive, il est indispensable de maintenir l’apprentissage de l’écriture, notamment parce qu’on ignore encore si la cursive a un impact sur le sens et sur ses traitements.

  • conceptuelle : sens des mots, inférences. Raisonnement.

2. Qu’est-ce que rédiger ?

Tous les enfants maîtrisent vers 4-5 ans leur langue maternelle. Ils savent s’adapter pragmatiquement à leur interlocuteur. L’écrit va présenter des contraintes et des difficultés nouvelles : à l’écrit, il n’y a pas d’interaction et c’est une situation inhabituelle. Le monologue empêche un feed-back immédiat sur ce qu’on est en train de dire.
Autre contrainte : l’écriture elle-même. C’est seulement vers 14 ans que la vitesse d’écriture moyenne des élèves devient efficace.  L’apprentissage de la production de texte à l’écrit va passer par un mélange entre oral et écrit.  Lire ou écouter une lecture va entraîner un accroissement du lexique.

Comment procéder ?
Décharger l’enfant de certaines difficultés

  • trouver des idées et les organiser.
  • mise en texte
  • transcrire (dictée à l’adulte)

 6/ Conférence 3 : « Quel enseignement explicite de la lecture ? Comprendre, interpréter et apprécier les textes littéraires au primaire et au secondaire ».   Jean-Louis DUFAYS

 

7/ Controverse 2 : Des arts et des manières de conduire l’apprentissage  de la lecture

Suite aux différents apports de la recherche, cette controverse représentait en quelque sorte l’aboutissement de la journée d’étude puisqu’il s’agissait de se projeter dans les classes et d’y analyser des pratiques professionnelles innovantes.

Martine Jacques va aborder la lecture de la littérature dans tous les cycles et posera la question politique suivante de manière directe: « Qu’attend-on de l’enseignement de la littérature à la fin du secondaire ? » Veut-on des savoirs et/ou une pratique ? Elle est pour sa part persuadée qu’une pratique permettra toujours par la suite à un savoir de se constituer, l’inverse lui semblant moins vrai.

Séverine Tailhandier de son côté présentera une action inscrite au plan de formation à Chalon sur Saône : « L’enseignement explicite de la lecture littéraire au cycle 3 ». Son intervention complètera celle de Martine Jacques, montrant par là même que l’apprentissage de la lecture littéraire est un art tout aussi complexe que son objet. Un projet innovant qui associe de multiples acteurs avec une classe expérimentale implantée au collège Doisneau de Chalon sur Saône et qui enrichira celui mené dans la Nièvre de 2014 à 2017.

Quant à François Claustre il témoignera d’une expérimentation menée dans une classe de CP d’un REP de sa circonscription pour la deuxième année et qui accorde la primauté à l’encodage.

 8/ Intervention de Sandrine Garcia : Principes et cohérence d’une expérimentation permettant d’améliorer le niveau des élèves en lecture au cours préparatoire
Dans la dernière partie de cette journée d’étude, Mme Garcia a présenté son livre Réapprendre à lire, co-rédigé avec avec Anne-Claudine Oller, aux Editions du Seuil, 2015.
Il relate une expérimentation qui a duré 3 ans.

La conception de ce dispositif est basé sur 5 principes interdépendants :
1) Apprentissage de quelques graphèmes simples en deuxième partie de grande section en plus de conscience phonologique déjà travaillée par les enseignants.
2) Au CP, choix d’un manuel pour toute la classe sans mots outils (en fait, il y avait quelques mots convertibles en mots déchiffrables) et pour les élèves déjà lecteurs, ancien outil utilisé une fois sur 4.
3) Constitution de séances de « renforcement » une fois par semaine + en aide personnalisée avec le groupe des élèves les moins avancés.

Activités : décodage ET encodage en utilisant le même outil que la classe (pas de différenciation des démarches, mais différenciation en termes de renforcement donner plus et non pas forcément autre chose à ceux qui sont les moins avantagés culturellement) lecture à voix haute + écriture des mots, d’abord avec modèle, ensuite sans modèle, en focalisant l’attention des élèves sur l’orthographe.

grande attention à ce que les élèves puissent très rapidement identifier le sens après avoir déchiffré en faisant fusionner l’ensemble des syllabes.

4) Travail auprès des parents pour maintenir l’apprentissage pendant les  vacances, en leur décrivant très précisément la manière de procéder (lecture à voix haute, rester à côté de l’enfant pour contrôler la lecture).
En effet, perte de performances considérables si pas de maintien de l’apprentissage pendant les vacances. Donc programmes systématiques de révision pendant les vacances.
5) Une poursuite en CE1 de l’entraînement en classe entière + poursuite des groupes pour les élèves dont la lecture reste encore peut automatisée.

Au terme de cette expérimentation, sa conclusion est claire : il est possible de rendre beaucoup plus efficace le temps de la lecture en évitant de nombreuses activités peu efficaces et en se centrant sur les pratiques efficaces : décoder, encoder, commencer à produire des écrits.

Programme de la journée d’étude académique  : Les apports de la recherche pour un apprentissage réussi de la lecture

Lieu : Lycée Charles-de-Gaulle
25 Avenue Général Touzet du Vigier, 21000 Dijon

TRAM T2 – arrêt Nation

8h30   Accueil café
9h00  Introduction de la journée : intervention de Fabrice POLI, Inspecteur Général, Groupe Lettres
9h20 Etat des lieux : l’illettrisme en Bourgogne Michelle DELAUNAY (Centre du Service National de Dijon)
9h 35  La lecture en discours : paroles d’élèves (projection montage vidéo)

  • Élèves de GS, le projet de lecteur : comment vas-tu faire pour apprendre à lire ?
  • Élèves de fin de CP : comment as-tu fait pour savoir lire ? comment as-tu fait pour apprendre à lire ?
  • Élèves de  fin de CM2 : pour toi, qu’est-ce que « savoir lire » ? quand as-tu appris à lire ? est-ce que tu continues d’apprendre à lire ?
  • Élèves de 6ème : est-ce que vous savez lire ? est-ce que vous aimez lire ?

9h50  Controverse 1 : Quelles sont les raisons d’un échec dans l’apprentissage de la lecture ?    Quelles sont les conditions de la réussite ?

Michel FAYOL, professeur émérite, membre du laboratoire de psychologie sociale et cognitive de l’université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand (LAPSCO CNRS)

  • Sandrine GARCIA, professeur en sciences de l’éducation, Université de Bourgogne, (IREDU)
  • José MORAIS, professeur émérite, Université Libre de Bruxelles (ULB), UNESCOG, Centre de Recherche Cognition et Neurosciences

10h40 : Conférence 1 : « Comment, en apprenant à lire, la lecture s'installe dans le cerveau »,  José MORAIS
11h 40 – 12h : Échanges avec la salle

Déjeuner libre : 12h-13h30

13h30     Conférence 2 : Apprendre à lire et à écrire, à comprendre et à rédiger, Michel FAYOL
14h35 Conférence 3 : « Quel enseignement explicite de la lecture ? Comprendre, interpréter et apprécier les textes littéraires au primaire et au secondaire ».   Jean-Louis DUFAYS, professeur à l’Université catholique de Louvain, (Institut IACCHOS / CRIPEDIS - Centre de recherche interdisciplinaire sur les pratiques enseignantes et les disciplines scolaires).
15h35 – 16h00 : Échanges avec la salle
16h00  Controverse 2 : Des arts et des manières de conduire l’apprentissage  de la lecture

  • Martine JACQUES, MCF Littérature française, formatrice ESPE (1er et 2nd degrés) de l’académie de Dijon
  • Séverine TAILHANDIER, professeure de Lettres au collège Doisneau (71), docteur en Sciences de l’éducation 
  • François CLAUSTRE, inspecteur de l’éducation nationale Dijon centre

16h 45  Principes et cohérence d’une expérimentation permettant d’améliorer le niveau des élèves en lecture au cours préparatoire (Sandrine GARCIA)

17h00 Clôture de la journée : intervention de Madame la rectrice de l’Académie de Dijon

17h30 Fin des travaux